Sandra Muller, directrice de la publication depuis 2001, est revenue sur les 40 ans de La Lettre mais aussi sur le mouvement #BalanceTonPorc qu’elle a initié, faisant d’elle une des “briseuses de silence” saluées par le prix de la personnalité de l’année du Time.
Quand j’ai repris la Lettre de l’Audiovisuel en 2001, on m’a traité de folle.
Quand j’ai annoncé déménager à New York on m’a soupçonnée d’être mythomane.
Quand j’ai créé le hashtag “balance ton porc”, j’ai reçu trop d’insultes pour toutes les énumérer. Mais j’ai surtout reçu beaucoup de soutien. Beaucoup de messages d’abonnés, de vous et d’autres secteurs. De partout en fait.
Car prendre une initiative quand on est une femme, un Noir, un original, un gay, un transgenre n’est pas forcément encouragé par tous. Pourtant, j’ai eu confiance dans toutes mes démarches et ça valait le coup. Vous êtes là, vous avez suivi ! Merci !!
L’histoire de la Lettre
A l’origine bihebdomadaire et imprimée sur papier bleu, une nouvelle formule de la Lettre, quotidienne et par fax, a été lancée en février 1977.
Elle est née de l’esprit de Pierre Bruneau, journaliste à France Soir. Au départ hebdomadaire, ce titre servait à alimenter la presse en informations sur la télévision, la radio, la publicité.
À cette époque, les journaux avaient peu d’informations et les pages médias étaient restreintes, voire inexistantes.
Puis survient la disparition de Pierre Bruneau le 9 décembre 1992. Sa fille nous précise qu’elle n’a alors pas pu reprendre le titre et a crée une autre marque.En septembre 1995, la Lettre a été reprise par son imprimeur. En 1997, elle devient quotidienne pour faire face à l’enrichissement du secteur.
Elle est alors envoyée par fax du lundi au vendredi et donne l’essentiel de l’actualité française et internationale sur les secteurs en pleine mutation de la télévision (diffusion, production) et de la radio.
Puis, elle est revendue en 2001 à ABSM, des initiales de ses repreneurs.
Aujourd’hui, la Lettre de l’audiovisuel possède le savoir-faire mais manque encore de faire savoir. C’est pourquoi nous nous sommes orientés vers le numérique, sans changer l’identité de journal.
Nous avons ajouté des photos pour l’égayer. Nous avons lancé des hors-séries – dont deux spécial femmes. Nous sommes les seuls à offrir une fois par semaine une interview d’une personnalité franco-américaine.
Des partenariats ont été noués avec les services culturels de l’ambassade de France aux États -Unis, au consulat et les articles sont envoyés au gouvernement américain. Ils vous lisent.
Nous nous sommes ouverts à l’actualité de la presse, nous offrons une page par jour aux nouvelles technologies. Nous avons renforcé le côté exclusivité et les articles sont plus anglés.
Nous avons surtout décidé, depuis la rentrée, d’offrir une vraie visibilité aux femmes. La Lettre est le seul quotidien qui offre quasiment une parité homme femme dans ses interviews.
Très naturellement, l’équipe s’est féminisée. 4 femmes et 3 hommes. C’est un hasard. Au-delà, son équipe est riche… riche de diversité : les collaborateurs sont issus de différents horizons et ont surtout tous des passions. Certains travaillent en plus pour la radio, d’autres sont DJ, animent des colloques ou sont passionnés de cinéma, de manga ou d’e-sport. Ils travaillent de chez eux ou au bureau en fonction de leurs envies.
Je suis fière de mon équipe. Je suis fière de nos abonnés.
Nous aider économiquement, c’est m’aider aussi à développer sereinement des activités. J’ai défendu ces derniers temps non seulement la parité mais l’égalitarisme, que cela touche les hommes, les femmes et toutes les minorités opprimées.Sans la rigueur du journal, il m’aurait été difficile de mener correctement ce combat.
Prochaine étape : une association Balance ton porc qui aidera les victimes à financer leurs frais d’avocat. Maître Alexis Guedj devient mon partenaire dans ce projet. Nous réfléchissons aussi avec Audrey Clinet, présidente de l’association Eroïn, qui défend les intérêts des réalisatrices françaises, à adapter le mouvement Time’s up en France. Les premiers contacts sont pris.
Le résultat : figurer dans le Top 50 de la Parisienne et le prix du Time aux côtés de 24 personnalités de l’année. C’est nous tous qui sommes récompensés. La Lettre est devenue une marque reconnue au niveau international ! Tout est lié. Continuez à nous soutenir ! Bonne année 2018 à vous !
Sandra Muller, directrice de la publication


