Après avoir produit «Je ne suis pas une salope, je suis une journaliste» pour Canal +, qui a impacté sa vie comme elle nous l’explique, Marie Portolano présentera la nouvelle saison des «Meilleurs Pâtissiers : les professionnels» pour M6.
En quoi votre doc précédent, «Je ne suis pas une salope je suis une journaliste», diffusé sur Canal +, a-t-il impacté votre vie personnelle et professionnelle ? Vous vous attendiez à un tel déferlement de réactions ? [private]
Il a éveillé ma conscience féministe. A partir du moment où on commence à voir la société par ce prisme-là, il est difficile de revenir en arrière. Les injustices que vivent encore les femmes dans le monde du travail (remarques, salaires, discriminations notamment liées au congé maternité) sont insupportables. Aujourd’hui, je suis intransigeante sur les questions d’égalité.
Justement, envisagez-vous d’autres émissions sur ce sujet ?
Oui, je prépare actuellement un nouveau documentaire avec M6 et la production C Prod. Je ne peux pas vous en dire plus car le thème n’est pas encore totalement défini. Mais ce sera du même genre.
Si vous deviez définir cette nouvelle saison du «Meilleur Pâtissier» ?
Je dirais la cohésion entre les pâtissiers. Ils pleurent beaucoup lors des éliminations parce que c’est une vraie bande d’amis qui s’est formée au fur et à mesure du tournage. A chaque fois qu’il y en a un qui part, c’est un véritable déchirement pour tous, ce qui n’était pas le cas l’année dernière. Voilà : l’émotion et la cohésion entre les candidats.
Vous êtes en permanence sur le tournage ?
Oui, je suis là tout le temps, pendant les deux mois de tournage. Ma famille me manque. C’est le seul point… j’allais dire négatif mais ce n’est même pas négatif ! Disons la seule contrainte. Sinon, on est vraiment dans un cadre sublime. Les gens sont hyper cool et bienveillants. Je ne vois que des points positifs, si ce n’est le fait que ce soit loin de Paris.
Comment vous préparez-vous pour imprimer votre personnalité ?
Je ne me prépare pas du tout. Comme je considère que «Le Meilleur Pâtissier» est une émission bienveillante et familiale, je suis bienveillante et familiale, donc à 100% moi-même. Ce que vous voyez de moi à l’émission, c’est ce que je suis dans la vie.
Vous avez écrit un mémoire sur David Cronenberg, qui malaxe les corps comme on pétrit la farine. Votre participation au «Meilleur Pâtissier» en est-elle la suite logique ?
C’est vrai ! J’avais travaillé sur l’intrusion organique chez David Cronenberg. On peut dire que la pâtisserie est une intrusion organique, puisque c’est quelque chose qui entre dans le corps. Donc, mine de rien, effectivement, tout a un sens.
Quel est votre film préféré de ce réalisateur et pourquoi ?
En fait, j’aime tout chez David Cronenberg. Vraiment. Il n’y a pas un de ses films que j’ai trouvé nul. Même le dernier, que je n’ai pas encore vu puisqu’il est passé à Cannes, même celui avec Julianne Moore, «Maps to the Stars» (2014) que les gens ne trouvaient pas terrible. Mon préféré, c’est «Chromosome 3», cette ambiance qui fait flipper, avec les nains… J’ai surkiffé «History of Violence» qui, pour moi, n’est pas un Cronenberg classique, mais que j’ai adoré quand même.
Quelles valeurs vous tiennent à coeur ?
C’est compliqué de mettre en valeur une éthique personnelle sur une émission comme celle-là. J’ai des valeurs humanistes, plus que tout. Je suis très engagée dans la lutte contre les discriminations, qu’elles soient féminines ou des minorités… C’est ça : valeurs humanistes, ça me représente bien.
D’où vous viennent votre humour et votre capacité d’autodérision ?
Je ne sais pas ! C’est une question que je me suis posée récemment : est-ce que j’ai toujours eu envie de rire comme ça ? Je l’ai posée à mes parents. Ils m’ont dit : «Mais bien sûr. Quand tu étais petite tu te mettais déjà en scène pour faire rire les autres». En fait, je pense que c’est quelque chose que j’ai en moi. En tout cas, on est tous comme ça dans ma famille ! Mes deux frères sont très second degré eux aussi. On se moque beaucoup les uns des autres. Déjà quand on avait 10 ou 11 ans, on se charriait entre nous. Avec bienveillance et gentillesse. On ne s’est jamais pris au sérieux.
Pour vous, où s’arrête, en termes de compétition, la similitude entre le sport et la cuisine ?
Le sport, c’est une adrénaline sur un temps donné. Là, il est vrai que le temps est étendu. Il y a l’adrénaline de la fin de l’épreuve, celle de la dégustation, les résultats, donc c’est étiré. Le sport, c’est une émotion immédiate. La pâtisserie ce sont des émotions qu’on découvre au fur et à mesure : en mangeant, en découvrant, en s’asseyant, etc. C’est ça la différence.
Il y a peut-être aussi le partage en plus ?
Oui mais la consommation – parce que moi, je suis une consommatrice, je ne suis ni sportive ni pâtissière – est la même. Et la consommation est aussi dans le partage. Une pâtisserie, généralement, on la partage. C’est rare qu’on achète une pâtisserie pour soi-même. Le sport, c’est aussi du partage. Un match de foot (je parle du foot car c’est mon sport préféré), on s’assoit et on est à fond avec l’équipe.
Si on vous proposait de créer votre propre émission, quelle serait-elle ?
En ce moment, ce serait une émission sur les thèmes qui me tiennent à coeur : sur les femmes, le sexisme, le féminisme. Je ne crois pas qu’il y ait d’émission dessus à proprement parler. Comment gérer le féminisme aujourd’hui ? Ça, ce serait très intéressant. Il y a régulièrement des abus, des extrêmes, ça pourrait être intéressant d’avoir une émission là-dessus. Pourquoi ça prend autant de place, en fait. Vous voyez ce que je veux dire ? Vous m’avez donné une idée ! [rires]…[/private]
Propos recueillis Gilles Tourman


