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INTERVIEW – Daniel Psenny : “Malheureusement l’Américain que j’ai secouru n’a pas voulu témoigner” (Partie 2)

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Dernière mise à jour 12/11/2025 03:47
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INTERVIEW – Daniel Psenny : “Malheureusement l’Américain que j’ai secouru n’a pas voulu témoigner” (Partie 2)

Gratuit à l’occasion de la diffusion de son documentaire ce 12 novembre sur les attentats du Bataclan.

Deuxième partie de notre entretien, débuté dans la Lettre de l’Audiovisuel d’hier, avec Daniel Psenny, ancien journaliste au Monde, qui signe “Vendredi noir”, un documentaire pour LCP dans lequel il retrouve les témoins de cette nuit pour prolonger le devoir de mémoire.


“Vendredi noir” sera diffusé le 12 novembre à 20h40 sur LCP-AN dans “Débat doc” suivi d’un débat animé par Jean-Pierre Gratien.

… /… Etait-ce dur pour vous de vous replonger dans ces événements ou était-ce au contraire thérapeutique ?

La reprise d’activités a été salutaire et thérapeutique. Je ne voulais pas rester dans ce côté victimaire. Comme le dit un des témoins dans le film, lorsqu’on va déposer au procès, on dépose un fardeau. Il reste toutefois les séquelles des blessures qui me rappellent toujours l’attentat. J’ai pris une balle qui m’a traversé le bras à la hauteur du cœur. Elle m’a brûlé tous les nerfs qui, malheureusement, ne peuvent plus repousser. J’ai trois doigts insensibles, un peu paralysés, mais je suis vivant !

Y aura-t-il un troisième documentaire ? Quel est le dispositif de lancement ?

Non, je ne ferai pas d’autre documentaire sur cette histoire tragique. J’ai dit tout ce que je souhaitais dire. Les dix ans restent symboliques. Pour moi, l’histoire du 13 novembre a démarré au Monde lorsque le journal a diffusé ma vidéo dans la nuit et elle se termine dix ans plus tard dans l’auditorium du Monde où sera diffusé le 7 novembre “Vendredi noir” en avant-première. C’est une boucle qui se ferme.

Un passage plus émouvant que d’autres ?

Tous les témoignages sont très émouvants. La femme enceinte, Charlotte, raconte d’une manière très limpide et très précise son histoire. Elle est vraiment bouleversante.

Et sur l’après ? Avez-vous été soutenu ? Comment ça s’est passé ?

On ne se rend pas bien compte de ce qui va se passer dans ces cas-là. C’est très violent. Dans le film, Magali, qui a été très grièvement blessée, explique : “Quand je suis sortie de l’hôpital, je me suis sentie seule, abandonnée”. Selon l’entourage amical et familial de chacun, les choses de la vie peuvent être plus faciles à vivre. Si ce n’est pas le cas, c’est beaucoup plus dur.

Il existe une bonne prise en charge médicale. D’un point de vue psychologique, c’est autre chose.

Et dans votre cas ?

Moi, j’avais l’avantage de voir un psy bien avant l’attentat. Ça m’a aidé. Le vrai problème, c’est le système d’indemnisation qui engendre de grandes inégalités entre les victimes. C’est un peu la loterie avec l’État. C’est un paradoxe alors que la France est le seul pays où il existe un système d’indemnisation pour toutes les victimes. Mais, si une victime ne rentre pas dans la case, tout se complique. Parfois, les fonctionnaires manquent d’humanité.

Je vous connais, nous nous sommes côtoyés des années. Vous êtes quelqu’un de réservé, plutôt discret, qui ne se met pas en avant. Est-ce que ça vous a surpris d’aller tout de suite sauver quelqu’un qui vient de se faire tirer dessus, sans réfléchir ?

Je n’ai pas réfléchi, car, lorsque je suis descendu de mon appartement pour ouvrir la porte de mon immeuble aux blessés et aux rescapés, je pensais que la fusillade était terminée. Je ne savais pas que la guerre avait débarqué dans ma rue. En tant que journaliste, j’ai souvent assisté à des épisodes violents, notamment lors de manifestations, mais là, ce n’était pas de cet ordre. En France, nous connaissons très peu d’épisodes de ce genre, contrairement aux États-Unis où le port d’armes est autorisé. Je n’ai jamais couvert de guerres en tant que journaliste. J’ai agi par réflexe pour avoir la preuve par les images de la tragédie qui se déroulait sous mes yeux.

Qu’est-ce qui a changé depuis dix ans ?

Dix ans, c’est court et ce n’est pas très lointain. Il y a dix ans, les portables ne fonctionnaient pas de la même façon. Par exemple, je n’avais pas reçu d’alerte sur mon téléphone concernant les attaques du Stade de France et des terrasses. Je l’ai appris par un des rédacteurs en chef du Monde avec qui j’étais au téléphone. Mais personne à ce moment-là, encore moins la police, ne savait trop ce qui se passait à l’intérieur du Bataclan. Peut-être que si j’avais su que c’était une attaque terroriste, je ne serai pas descendu de chez moi… J’ai commencé par faire des photos, puis une vidéo. Et c’est cette vidéo, de six minutes, qui montre exactement ce qui s’est passé ce soir-là, dans toute la violence et la tragédie. On n’a pas tout diffusé, parce que certaines images sont insupportables. Mais c’est un document qui permet de mieux comprendre. Il fait désormais partie de l’Histoire.

Vous avez été très sollicité pour faire des conférences, pour en parler. Appréciez-vous cet exercice ?

Oui, il y a des sollicitations. Je fais, de temps en temps, une ou deux interventions dans différentes institutions, mais ce qui m’intéresse le plus, c’est d’aller dans les écoles, dans les lycées, pour raconter et dialoguer avec les adolescents. J’apprécie de discuter avec eux, même si, parfois, c’est difficile, car ils étaient très jeunes en 2015 et ont appris le sens de cette tragédie qu’à travers les récits de leurs proches ou sur Internet. Certains ne comprennent toujours pas ce qui s’est passé. Cela reste assez flou. C’est un décalage générationnel. Et donc, il est important d’entretenir la mémoire, de raconter, de témoigner.

Il y a un devoir de mémoire dans votre documentaire…

Oui. C’est ce que j’ai dit aux témoins pour les convaincre de parler et de raconter. Le 13 novembre 2015 restera une date importante dans l’Histoire, comme le 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. On la commémorera chaque année pour ne pas oublier. J’espère que ce documentaire contribuera à la mémoire collective et qu’on pourra le diffuser encore dans une dizaine d’années.

Propos recueillis par Sandra Muller.

“Vendredi noir” sera diffusé le 12 novembre à 20h40 sur LCP-AN dans “Débat doc” suivi d’un débat animé par Jean-Pierre Gratien.

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