On a rarement vu autant de parlementaires s’offusquer du déroulement d’une commission d’enquête à la fin de celle-ci. Les auditions de Patrick Cohen et Thomas Legrand ont été jugées indignes par plusieurs élus, malgré la bonne volonté du président Jérémie Patrier-Leitus, qui a tenté à de nombreuses reprises de recadrer les échanges et de ramener le débat sur le fond.
La députée Ayda Hadizadeh ne cache pas sa colère : «Je suis scandalisée, c’est indigne ! À quel moment on passe dix minutes sur la question pour qu’il regrette des propos ?», évoquant le rapporteur Charles Alloncle.
Même ton du côté de son collègue Jérémie Iordanoff, qui dénonce une dérive inquiétante : «Vous jetez le discrédit sur un journaliste. […] Oui, il a le droit de donner ses opinions. Il n’y a pas de place pour la chasse au langage.»
Au fil des auditions, les critiques se sont accumulées. Certains élus parlent d’un rapporteur «qui sort de son rôle», qui «tord les mots», répète «quatre, cinq, six fois les mêmes questions» et exhume des propos datant de douze ans, sans contextualisation.
Une méthode perçue comme agressive, voire inquisitoriale. Parmi les «morceaux choisis» qui ont marqué la séance : «On n’est pas à Yalta !»
Derrière la forme, c’est le fond même de la commission qui est interrogé. Était-on encore dans une enquête parlementaire rigoureuse, ou déjà dans une confrontation politique, où la mise en accusation l’emporte sur la recherche de vérité ? Pour plusieurs élus, la réponse est claire : la commission a perdu sa boussole.
Car en arriver à de mander si on est d’accord avec les mots «enculé» et «fils de pute» dans une chronique humoristique, c’est quand même toucher le fond du fond. Sandra Muller.


