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INTERVIEW – Daniel Psenny: « Le soir du Bataclan, j’ai été témoin, sauveteur, victime et miraculé » (Partie 1)

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Dernière mise à jour 12/11/2025 03:47
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INTERVIEW – Daniel Psenny: « Le soir du Bataclan, j’ai été témoin, sauveteur, victime et miraculé » (Partie 1)

Gratuit à l’occasion de la diffusion de son documentaire ce 12 novembre sur les attentats du Bataclan.

Alors journaliste au Monde, Daniel Psenny avait filmé depuis son appartement, voisin du Bataclan, la panique dans la rue le soir du 13 novembre 2015 – des images devenues emblématiques. Dix ans plus tard, exilé à Budapest, il signe «Vendredi noir», un documentaire pour LCP où il retrouve les témoins de cette nuit pour prolonger le devoir de mémoire.

“Vendredi noir” sera diffusé le 12 novembre à 20h40 sur LCP-AN dans “Débat doc” suivi d’un débat animé par Jean-Pierre Gratien.

Ex-journaliste au Monde, vous habitez désormais à Budapest…

Cela fait en effet six ans que je suis à Budapest, parce que ma femme est hongroise et travaille à Budapest, donc je me suis installé ici. Et quand je suis parti du Monde, j’avais fait le tour du métier et puis Paris ne me plaisait plus. Je continue à travailler, mais pas de la même manière, surtout depuis les attentats du Bataclan.

Est-ce que vous êtes parti aussi en raison des attentats ?

Non, pas spécialement. Enfin… les attentats, c’est un point, ça marque quand même. Mais je pouvais prendre ma retraite au Monde. J’en ai profité car j’avais envie de profiter de la vie.

Quelle est votre activité ?

Je continue à travailler, mais à un rythme vraiment très personnel. J’ai envie de faire, je propose, et puis il n’y a pas la pression d’un correspondant.

Quand nous nous sommes connus, vous étiez au service Médias du Monde…

J’ai fait une bonne dizaine d’années aux Médias. J’ai écrit sur les médias, la télé, la politique, l’économie. Et je suis revenu à la télévision pour la fin. Après l’attentat, c’était un petit peu plus… compliqué de travailler. Et puis en même temps, je voulais tourner la page, ça me faisait du bien.

J’imagine, mais vous choisissiez un peu vos sujets de télé pour éviter qu’ils soient trop anxiogènes…

Il y avait le suivi à faire, mais en même temps, oui, c’était quand même tranquille. Au Monde, on pouvait vraiment choisir ce qu’on voulait, avec une grande liberté.

Vous aviez fait une expo photo, de mémoire?

Oui, j’ai repris mon vieux métier d’avant l’écriture, et donc je me suis remis à la photo. J’ai fait deux expos, une à Budapest et une à Paris, et sur Budapest d’ailleurs.

C’est votre deuxième documentaire sur le 13 novembre ?

J’en ai fait un, il y a trois ans, «22 h 01», avec Mustapha Kessous, qui était au Monde avec moi, coproduit par Premières Lignes pour France 3. J’ai raconté mon histoire dans l’immeuble, ce qui s’était passé le 13 novembre au Bataclan. Et là, je suis en train de finir le deuxième documentaire, qui sera pour l’anniversaire des 10 ans du 13 novembre. J’ai fait cette vidéo de l’attentat, dont je n’avais diffusée que 1 min 30 sur les six minutes de celle-ci.

On y entend des tirs, on y voit une femme enceinte accrochée à une corniche…

Oui. À partir de cette vidéo, il y a trois ou quatre ans déjà, j’ai commencé à chercher les survivants qu’on y voit. J’en ai retrouvé six. Et donc, ils témoignent dans le nouveau documentaire, «Vendredi noir», qui sera diffusé sur la chaîne parlementaire le 12 novembre, toujours avec Premières Lignes. Charlotte, la femme enceinte qui était suspendue dans le vide à une fenêtre n’avait jamais raconté son histoire en dix ans. Je l’ai contactée, on a parlé, et dans le documentaire, elle raconte tout. Plusieurs autres témoins se livrent. Ils n’avaient jamais témoigné non plus.

Comment les avez-vous retrouvés ?

Le B.A.-BA du journalisme : l’enquête, c’est-à-dire aller voir dans les associations, les voisins, des gens ici ou là. Bon, il y a Facebook maintenant, c’est un peu plus facile. Mais en même temps, après les avoir retrouvés, il faut les convaincre de parler, surtout parce que c’est un traumatisme. Donc, c’est une approche un peu différente d’aujourd’hui, où on consomme et on jette. Là, ce sont des discussions, une mise en confiance, pour leur expliquer ce que je voulais faire.

Et la partie musicale avec Louis Bertignac ?

C’est la petite cerise sur le gâteau. En préparant le documentaire, quand je travaillais sur la structure du commentaire, j’ai écrit une chanson comme elle me venait. Et la chanson a été mise en musique par Louis Bertignac. Téléphone, c’est ma génération, donc c’était sympa qu’il fasse ça !

Vous avez sauvé un Américain que vous êtes allé chercher dans la rue, pansé une plaie avec un médecin en ligne, car le quartier était bouclé, tout en étant vous-même blessé…

Ce soir-là, j’ai été témoin, acteur, sauveteur, victime et miraculé, en l’espace de vingt minutes. Oui, je fais partie des victimes officielles des attaques : j’ai pris une balle, mais je m’en suis sorti. Et d’autres n’ont pas eu cette chance. Il y a une forme de communauté entre victimes, même si parfois la solidarité est mise à l’épreuve. Dans ce documentaire, je n’apparais absolument pas. Je pose des questions aux témoins au départ, puis après, ils parlent.

Est-ce que le fait d’avoir été blessé et d’être victime a mis en confiance vos témoins ?

Je suis de la vieille école, d’une génération qui n’est pas celle de maintenant, où tout va vite. Il fallait reprendre pas à pas les bases du journalisme : l’enquête, la confiance, recouper ses sources, ce que les gens disent, essayer de les convaincre. Ça m’a beaucoup plu de replonger là-dedans, avec des déceptions aussi, parce que j’ai retrouvé des gens qui n’ont pas voulu parler, comme par exemple l’Américain … /…

Propos recueillis par Sandra Muller.

La seconde partie de cette interview à lire ICI

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